De la terre au Ciel

Fondé en 1963, suivant le chemin effectué par Charles Péguy et se voulant dans l’esprit d’un pèlerinage national comme celui qu’effectuent les Polonais à Czestochowa, le pèlerinage de Paris-Chartres (Notre Dame de Chrétienté) qui n’aura pas lieu sous sa forme habituelle cette année, est fréquenté par presque 14’000 personnes et 3000 anges gardiens (pèlerin non-marcheur) chaque année durant la Pentecôte.

A la différence des pèlerinages antiques tel que Saint Jacques de Compostelle, Rome ou Jérusalem, ce chemin est parcouru en trois jours, alliant à la prière le caractère de l’effort, un effort intense, rebutant à prime abord qui introduit le pèlerin à un esprit fort de charité et de partage avec ses compagnons de route.
A l’image du pèlerinage que j’ai moi-même effectué avec les scouts jusqu’à Fatima, le pèlerin est invité à se mettre à l’école du désert, par son sacrifice du confort, de la facilité , de ses habitudes de vie qui trop souvent sont des obstacles au développement d’une vie intérieur.
Le désert par son silence est le lieu privilégié pour se mettre à l’écoute de Dieu à travers les Saintes Écritures. Les sermons des nombreux prêtres présents, ainsi que des temps de méditation avec le secours de textes riches, nourrissant nos interrogations et nos réflexions sont les éléments centraux nous permettant la recherche d’un dialogue avec le Christ. C’est donc dans ce silence que notre Foi grandit et s’éprouve mais également à travers l’expérience d’une vie communautaire.

Les anciens marcheurs se rappellent certainement de Chartres sous cet aspect, le ressenti d’une vie fraternelle au sein des chapitres qui se développe en côtoyant des amis mais de plus en faisant des rencontres de personnes qui souvent ne sont pas du même milieu, de la même culture ou qui n’ont pas bénéficié du même terreau spirituel. Ces personnes reviennent transformées parfois profondément remuées par une rencontre, un geste d’entraide, un sourire, une parole réconfortante ou encourageante. En somme, c’est faire l’expérience de ce qu’il y a de plus charitables en chacun, en affrontant ensemble les obstacles et les difficultés de la marche à l’école du Christ.
Pour certains, c’est le premier contact avec la forme extraordinaire du rit romain, forme à laquelle ce pèlerinage est attachée depuis sa création et qui par sa vénérable antiquité vient nourrir de manière particulière leur vie de Foi mais encore leur communion à l’Eglise et à son Histoire.
Cette expérience commune de la liturgie millénaire est une introduction éminente à la vie des Saints de tout temps qui par les mêmes prières les ont précédés sur ce chemin vers la Jérusalem céleste.

A la suite de cette expérience de la communion fraternelle, le pèlerin est finalement invité à la plus complète et la plus sublime des communions, celle à Jésus-Eucharistie, à celui qui nous a appelé des ténèbres à son admirable lumière (1Pierre 2, 9) afin que nous mettant en marche (intérieurement aussi) nous suivions son modèle ; de l’incarnation au baptême, du désert à Jérusalem et de l’humble demeure de la Cène à la Croix jusqu’à la gloire de la Résurrection et c’est cette vie du Ressuscité que nous désirons vivre. Sacrosanctum concilium nous dit d’ailleurs: « Dans la liturgie terrestre nous participons par un avant-goût à cette liturgie céleste qui se célèbre dans la sainte cité de Jérusalem à laquelle nous tendons comme des voyageurs. »

Cette expérience incarnée de la prière, de la fraternité et de la communion est la condition préalable à notre vie céleste et le pèlerinage en est en quelque sorte un condensé..

Le pèlerinage utilise donc trois instruments de la vie de l’Eglise: la prière ascétique, la marche et la vie sacramentelle qui mettent en lumière notre participation comme membres du corps mystique du Christ, ces instruments nous permettent d’entrer avec certitude dans la contemplation des mystères du Christ et de sa vie apostolique; d’ailleurs l’un de ces instruments est extrêmement mis en avant: le sacrement de la confession, lui qui nous renforce et nous rapproche de Dieu en nous réintroduisant à la vie de la grâce.

J’ose dire que chaque pèlerinage est une nouvelle Pentecôte car le pèlerinage n’est jamais en soi le but mais le moyen d’un nouveau départ , d’un renouvellement, « Revêtez l’homme nouveau » nous dit Saint Paul et nous revenons chez nous épuisé par la marche mais renforcé et comme envoyé par l’Esprit Saint pour annoncer la bonne nouvelle du Christ dans notre vie, nous suivons en cela les Apôtres, marcheurs infatigables qui annoncèrent la beauté et la véracité du règne de Dieu.

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